Par Simon Labbé St-Vincent

Y aurait-il trop de doctorants formés dans les universités pour le nombre de postes de professeur en science politique ? Ce ne serait pas bien grave.

Actuellement, je travaille à l’Université de Montréal dans un très méconnu service – le Bureau de recherche institutionnelle, le BRI – qui est en charge d’organiser et d’analyser une quantité astronomique d’informations stratégiques permettant d’alimenter en faits fiables et clairs les prises de décisions qui auront un impact sur la vie de plusieurs milliers d’étudiants, de professeurs, de travailleurs et, on espère, du monde présent et futur.

Si on me demande, dans le cadre de mes fonctions, si je prescrirais de plafonner le nombre d’étudiants pouvant s’inscrire au doctorat chaque trimestre en fonction du nombre de nouveaux postes de professeurs sur le marché mondial, sous prétexte qu’il ne faut pas faire perdre du temps précieux à des gens talentueux qui se retrouveront dans les limbes infinies d’une série de stages postdoctoraux en attendant qu’un poste de professeur ouvre dans un domaine pertinent, c’est-à-dire suffisamment en lien avec la spécialité d’étude (been there, done that), ma réponse ne sera pas basée sur cette relation simpliste entre obtenir un doctorat et être condamné à professer ou mourir de faim.

Ce parcours peut effectivement mener à cet emploi merveilleux, mais la formation au doctorat en science politique permet avant tout (comme la grande majorité des formations universitaires) d’apprendre à apprendre (oui), à entrainer un esprit critique musclé et à devenir habile dans l’invention d’outils – théoriques, méthodologiques, conceptuels – permettant d’aller au-delà de ce que les meilleurs des meilleurs faisaient encore la veille.

Bref, à mon avis, une bonne formation universitaire ne fait pas que créer un spécialiste d’une seule chose, mais aide à développer des réflexes intellectuels très utiles et facilement transposables hors d’une salle de cours.

Simon Labbé St-Vincent
Ph.D. en science politique, Université de Montréal
Analyste recherche et planification, Bureau de recherche institutionnelle (BRI), Université de Montréal

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